dimanche 18 octobre 2026

Rémora ou échénéide.

Dans la mythologie gréco-latine, le rémora ou échénéide, ce poisson qui se colle sur la peau des requins ou cétacés, avait un pouvoir magique et les Anciens croyaient que, grâce à sa ventouse surpuissante, il était capable d’arrêter un bateau à voiles ou une trirème. Pline l’Ancien (23-79 après JC) raconte que, lors de la bataille navale d’Actium en 31 avant JC, un rémora aurait bloqué le vaisseau amiral de Marc-Antoine (allié de Cléopâtre) l’empêchant de manœuvrer, ce qui a donné la victoire à son adversaire Octave, le futur empereur Auguste (voir illustration).

                                            

Cette capacité de succion est à l’origine de ses noms : « rémora » est dérivé du verbe latin « remorari » qui signifie retarder ou arrêter. Le terme scientifique « échénéide » vient du grec « echein + naos » = retenir + bateau.

On rapporte aussi que les pêcheurs de l’océan Indien prennent des rémoras et les relâchent avec une corde à la queue. Quand ceux-ci se collent à la carapace d’une tortue, il suffit de tirer pour capturer la tortue, la ventouse ne lâche pas.

Il vit dans les mers chaudes souvent en compagnie des requins et cétacés : il s’accroche à eux et, opportuniste, se nourrit des parasites de son hôte et des restants de ses repas.

                                   

Ne pas confondre les rémoras ou échénéides avec les poissons-pilotes qui accompagnent également les requins. Contrairement à leur dénomination (pilote), ils ne servent pas de guide mais suivent le squale pour profiter de ses restes de nourriture.

Autant savoir.


vendredi 16 octobre 2026

« Des lendemains qui chantent »

Cette belle expression n’est pas très ancienne, elle date de l’entre-deux-guerres. En 1937, un militant communiste, Paul Vaillant-Couturier, publie un texte qui se termine ainsi : « Nous bâtirons un lendemain qui chante ». Et en 1941, la veille de son exécution par les Allemands, le résistant Gabriel Péri, lui aussi communiste, reprend la formule dans sa lettre d’adieu : « Je vais préparer tout à l’heure des lendemains qui chantent » et c’est ce qui la rendra célèbre.

Par la suite, elle sera souvent utilisée par les mouvements de gauche. François Mitterrand, pendant sa campagne pour la Présidence en 1981 promettait également aux Français « des lendemains qui chantent ».

Depuis lors, l’expression a perdu son caractère politique et on l’utilise communément pour parler d’un avenir qu’on espère meilleur. Alors, en ces temps d’incertitude et de morosité, souhaitons-nous des lendemains qui chantent !

Autant savoir.

dimanche 4 octobre 2026

Thélyson Orélien (Autant savoir)

Cet écrivain canadien d’origine haïtienne était proposé au prix Goncourt pour « C’était ça ou mourir ». Mais alors que le livre avait déjà reçu le prix roman 2026 de la FNAC, un post sur le réseau X affirme que le texte « est rédigé presque intégralement par une intelligence artificielle ». Tsunami pour l’auteur qui est aussitôt retiré de la sélection de l’Académie Goncourt et se voit accusé de toutes part de tromperie et plagiat.

Boréal défend Thélyson Orélien, accusé d’avoir utilisé l’IA

C’est « Pangram » un détecteur de l’IA réputé fiable qui est à la base de cette accusation. Est-elle fondée ou non ? Probablement oui mais au-delà de ce cas précis, se pose la question de l’authenticité de toutes les productions littéraires. Il en va de même avec les thèses des étudiants, un casse-tête pour les professeurs d'université. Le doute s’installe partout…

L’essayiste Antoine Buéno dans un article récent de « La Libre » (28/9/26) prend le problème à contre-pied. Qu’on le veuille ou non, dit-il, l’IA existe et fait souvent mieux que les humains. Alors autant l’utiliser comme on le fait déjà dans les entreprises ou administrations pour rédiger un mail ou une note … et personne ne trouve à redire à cette démarche.

Dans le domaine de la création littéraire, imaginons qu'à l’avenir, les auteurs, signant un ouvrage, préciseront que le texte a été généré en partie par l’IA. Tout leur talent consistera à l’utilisation de cet outil pour faire quelque chose de beau, d’intéressant. On peut d’ailleurs lire « C’était ça ou mourir » et aimer ce roman, le trouver attachant. Au lieu de se cacher, Thélyson Orélien aurait peut-être dû annoncer de lui-même avoir fait appel à l'IA. Quelle aurait été la réaction des milieux littéraires et du public ?

« Un livre écrit par un humain, nous pouvons l’adorer. Le même, écrit par une machine ne serait pas digne d’intérêt. Pourquoi ? » interroge Antoine Buéno.

Autant savoir.


vendredi 2 octobre 2026

Perdre les pédales

Dans son ouvrage "A Bicyclette, Petites histoires en équilibre" JP Outers, qui a sillonné à vélo tous les continents du globe, écrit que le terme « pédale » signifie « aile du pied ». Quelle belle explication ! En effet ce système ingénieux inventé en 1861 par Pierre Michaux permet de franchir de longues distances, cela « donne des aaailes … ». Comme dans la mythologie grecque le dieu des voyageurs Hermès (Mercure chez les Romains) représenté avec des ailes aux pieds (Illustration ci-dessous).

CLÀSSICS A LA ROMANA: 1/5/14 - 1/6/14

Malheureusement, les linguistes ont une autre étymologie pour la pédale et rien à voir avec des ailes ! La première apparition du mot est pour le mécanisme actionné par les pieds des orgues de nos églises. Il sera par la suite adapté aux clavecins et pianos.

Le cyclisme a généré quelques expressions qui sont passées dans le langage commun. Il y a bien sûr « perdre les pédales » quand on se fourvoie, que la situation vous échappe, puis « pédaler dans la semoule … ou la choucroute » si on fait des efforts vains sans résultat. Mais on peut aussi en « garder sous la pédale », réserver ses forces, se ménager ou "mettre la pédale douce", modérer son comportement. Quand la pente est raide, le cycliste « mord sur le guidon », cela peut se dire pour quelqu’un en plein effort. Il devra peut-être « mettre le grand braquet », passer à la vitesse supérieure afin d’atteindre un objectif. En tout cas pas question de « se dégonfler ».

Terminons avec une expression amusante. Quand un coureur se dresse sur les pédales sur une pente difficile, on dit qu’il se met « en danseuse ». Pourquoi en danseuse ? Bien sûr le mouvement de va-et-vient peut faire penser à un pas de danse mais pourquoi toujours le féminin même quand il s’agit d’un individu bien viril ???

En danseuse on Behance

Autant savoir.

 

 

mardi 29 septembre 2026

Mener une vie de bâtons de chaise

Tout le contraire d’une vie rangée, cela se dit quand le parcours professionnel ou privé est chaotique, non conventionnel, sans règle claire de conduite. C’est une allusion à la chaise à porteurs d’autrefois, réservée aux aristocrates ou bourgeois fortunés. Cette chaise était soulevée par des laquais à l’aide de deux longues barres en bois, les bâtons de notre expression. Quand on arrivait à destination, il fallait enlever ces barres, ces bâtons, afin que l’occupant puisse sortir et on les rangeait quelque part avant la course suivante.

Sedan Chair - Historical Tales on Evolution of the Sedan Chair

Ces bâtons de chaise servaient au voyage puis étaient démontés pour être ensuite replacés quand il fallait repartir avant d’être de nouveau enlevés… d’où la métaphore actuelle : une existence agitée, désordonnée, sans cesse changeante, pas de tout repos.

Synonyme : une vie de patachon ! Les patachons étaient les conducteurs d’une patache, une diligence de jadis et ces voituriers qui allaient d’auberge en auberge avaient la réputation de mener une vie dissolue faite d’aventures passagères et de beuveries…

Autant savoir.

dimanche 27 septembre 2026

Conversation « à bâtons rompus »

Quand deux interlocuteurs échangent des propos en passant d’un sujet à l’autre, on dit qu’ils parlent « à bâtons rompus ». L’origine de l’expression est très ancienne, elle vient du métier de la tapisserie très en vogue au Moyen-Age. « A bâtons rompus » se disait d’une façon de broder en croisant des motifs en forme de bâtons. Et la formule a été reprise pour les parquets à lames qui sont collées à angle droit pour former un V.

Bâtons Rompus Contrecollé Chêne Mixé CLA/AUT Topaze 90 - Parquet Deco

Quel est le lien entre la tapisserie ou les parquets et ce genre de conversation ? Probablement la forme brisée, il n’y a pas de fil directeur dans le bavardage…

En tout cas, c’est attesté par le Dictionnaire de Furetière paru en 1701 pour le mot « Baston ». Je cite : « On dit aussi, faire une chose à bastons rompus, pour dire, après plusieurs reprises et interruptions, par une métaphore tirée des dessins semblables de tapisserie ».

« Bâton » se retrouve dans d’autres expressions de la langue française : bâton de maréchal (le couronnement d’une carrière), bâton de vieillesse (l’aide à une personne âgée), retour de bâton (réaction imprévue), mettre des bâtons dans les roues (essayer de nuire, d’empêcher), mener une vie de bâtons de chaise (une vie agitée, désordonnée) …

Autant savoir.


 

 

 

mardi 22 septembre 2026

Beethoven « La lettre à Elise »

Cette petite « bagatelle » pour piano, tous les mélomanes la connaissent. Elle a été un peu oubliée après le mort du musicien en 1827 et la partition originale ne sera retrouvée qu’en 1865 par Ludwig Nolh qui la publiera sous le titre « Für Elise » (Pour Elise).

Mais qui était cette Elise ? La vie sentimentale de Beethoven est assez bien connue et il n’y a aucune Elise parmi les femmes qu’il a aimées. En fait le document retrouvé par Nolh était en mauvais état et le titre était difficilement lisible, seules les deux dernières lettres « se » sont évidentes. Elise n’est peut-être pas le bon prénom. On pense généralement qu’il faudrait l’appeler « Pour Thérèse ». En effet, l’année de la composition de cette pièce, en 1810, Beethoven avait demandé en mariage Thérèse Malfatti …qui a refusé ! A moins qu’Elise ne soit un amour secret !

Pour écouter cette belle mélodie, cliquez ici   https://youtu.be/muVoIHKlaoE

Ce thème musical sera repris en chanson par Dario Moreno en 1959 puis par Dalida et bien d’autres. Souvenez-vous : « Tout l’amour que j’ai pour toi … ». On est loin de l’élégante composition pour piano…

Autant savoir.

 

mercredi 16 septembre 2026

Bourdaloue et bourdalou

Louis Bourdaloue (1632-1704) était un Jésuite célèbre du XVIIème siècle français. Il a été de nombreuses fois appelé pour prêcher devant le roi Louis XIV. Contemporain de Bossuet, son éloquence attirait les foules ; avec des mots simples et justes, il savait capter son auditoire que ce soit à la cour ou devant un public populaire.

Louis BOURDALOUE : Biographie, Tombe, Citations, Forum... - JeSuisMort.com

Une rue de Paris porte son nom et dans les années 1850, un pâtissier de cette artère, Nicolas Bourgoin, a créé une nouvelle recette de tarte et tout naturellement, on l’a dénommée « tarte Bourdaloue » qui au départ était faite à base d’amandes pilées. Par la suite, on y ajoutera des poires. Cette pâtisserie est toujours populaire, surtout en Ile-de-France.

Recette de Ma Bourdaloue aux pépites

Mais existe aussi le mot « bourdalou » (sans e) qui désignait un accessoire bien utile aux dames de la bonne société au XVIIème siècle. Il était de bon ton d’assister aux prêches du Père Bourdaloue, mais ceux-ci étaient très longs, plus de deux heures, écrit Mme de Sévigné dans ses lettres ! Alors, pour faire face à un besoin naturel pressant, discrètement sous leurs jupes et crinolines, les dames se soulageaient dans un petit réceptacle qui a été surnommé « bourdalou » vu qu’il était souvent utilisé lors des homélies de notre Religieux. Il était aussi employé quand on allait au théâtre ou comme vase de nuit.

Peggy et son bourdaloue | La vie au XIXe siècle

Ajoutons que « bourdalou » a aussi une autre acception : c’est le ruban qui entoure un chapeau, un feutre. C’est un peu passé de mode mais cela vient, dit l’encyclopédie Larousse de 1935, de Louis Bourdaloue qui avait coutume d’en porter.

Autant savoir.

Ce billet m’a été suggéré par Michel L, un érudit qui connaissait particulièrement bien ce sujet. Merci à lui !

 

Rémora ou échénéide.

Dans la mythologie gréco-latine, le rémora ou échénéide, ce poisson qui se colle sur la peau des requins ou cétacés, avait un pouvoir magiqu...