mardi 4 août 2026

La madeleine de Proust

Tout le monde connait l’histoire de cette petite pâtisserie qui fait ressurgir un moment du passé. On la trouve dans « Du côté de chez Swann » le premier roman de la série « A la recherche du temps perdu » publié en 1913 par Marcel Proust (1871-1922).

The Polishness of Proust's Madeleines | Article | Culture.pl

Mais peu d’entre nous ont lu les trois longues pages (de l’édition de La Pléiade) consacrées à la madeleine dans « Du côté de chez Swann ». Alors, en voici l’essentiel, des morceaux choisis qui permettent d’apprécier le magnifique phrasé de Proust … de la belle littérature française.

« Un jour d’hiver, comme je rentrais à la maison, ma mère, voyant que j’avais froid, me proposa (…) un peu de thé. Je refusai d’abord et, je ne sais pourquoi, me ravisai. Elle envoya chercher un de ces gâteaux courts et dodus appelés Petites Madeleines qui semblent avoir été moulus dans la valve rainurée d’une coquille de Saint-Jacques. Et bientôt, machinalement, accablé par la morne journée et la perspective d’un triste lendemain, je portai à mes lèvres une cuillerée de thé où j’avais laissé s’amollir un morceau de madeleine. Mais à l’instant même où la gorgée mêlée des miettes du gâteau toucha mon palais, je tressaillis, attentif à ce qui se passait d’extraordinaire en moi. Un plaisir délicieux m’avait envahi, isolé, sans la notion de cause. (…) D’où avait pu me venir cette puissante joie ? Je sentais qu’elle était liée au goût du thé et du gâteau, mais qu’elle le dépassait infiniment, ne devait pas être de même nature. D’où venait-elle ? Que signifiait-elle ? (…)

Et tout d’un coup, le souvenir m’est apparu. Ce goût, c’était celui du petit morceau de madeleine que le dimanche matin à Combray, quand j’allais lui dire bonjour dans sa chambre, ma tante Léonie m’offrait après l’avoir trempé dans son infusion de thé ou de tilleul. La vue de la petite madeleine ne m’avait rien rappelé avant que je n’y eusse goûté ; (…) peut-être parce que, de ces souvenirs abandonnés si longtemps hors de la mémoire, rien ne survivait, tout s’était désagrégé (…)  Mais, quand d’un passé ancien, rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles et plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l’odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l’édifice immense du souvenir… »

Autant savoir.

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